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De l'aube au crépuscule

L'arme du peintre

Au long du mur, la violence du jeu de garnements joyeux dans la neige noire. Plus tard, un homme flou, fugace, protège et nourrit sa tribu. Parade en trophée de chasse. Ainsi nous naissons avant l’aube, avec les photos et les histoires de vieilles boîtes à chaussures, avec les traces de guerre et les récits d’épopées, avec les anecdotes de vieux étés jaunis, avec des avions qui relient les continents et qui parfois s'écrasent, avec les aubes et les crépuscules d’Uccello, de Satie, de Picasso et de Chostakovitch. Nous naissons avec les secrets de famille, avec les proches qui manquent à l’appel, avec la mythologie animale et les chansons rwandaises. Nous naissons avec la force de la nature et la genèse d’un génocide. Nous naissons définis par la tombée du jour, par le va-et-vient dans la lumière, par les époques qui grincent et baillent, par la folie et la joie passagères. Nous naissons condamnés par un immense nuancier qui est un argument pour vivre en mouvement, pour batailler, créer et conquérir la liberté. C’est un appel au jeu dont Paul Mahoux raffole. Aujourd’hui, il farfouille les étagères et sort son polaroïd. Il fait son chemin de croix sans dieu ni prière. Et au gré de ses préoccupations personnelles en 14 images, il nous parle de nos désirs d’émancipation, de nos recherches de plaisir, de nos angoisses du vide, de nos fantômes et de nos chimères, de nos fascinations et nos rêves obsessionnels, de nos dieux qui dansent, qui chutent et qui déchantent. Il nous raconte les lignes de force d’une trajectoire avec une sincérité qui nourrit et qui désarme.

Ainsi émerge la beauté onirique de la noirceur. Par un travail sur la lumière blanche jusqu’au contraste que l’artiste juge le plus intéressant. Mais chez Paul Mahoux, le noir et blanc et sa clique de nuances vert-de-gris chantent la couleur. Des aplats d’ironie sous la mélodie du pinceau. Et au bout du papier, comme à l’habitude, plusieurs lectures et perspectives. Un cadeau de la diversité du monde et un bouquet de  fleurs du mal.  Sur une photo déchirée, une famille semble calmement assise dans le réconfort du canapé mais a y bien regarder, ne serait-ce pas l’atmosphère étouffante d’une scène vaudou ? Un saule et un coucher de soleil à Burenville se déploie sous un ciel de Dostoïevski et s’offre aux yeux d’un jeune artiste romantique et fiévreux. Mais au sommet de l’arbre, il découvre la jouissance de la conscience solitaire de l’existence. Un avion qui s’écrase sans laisser de commentaire ni de trace. Première chute. Et l’image suivante, un couple en X, en négatif, semble proche et va d’un même pas cependant qu’il n’est peut-être plus attaché que par le sac des choses qui le relie. Un homme couché dans l’herbe jouit de la plénitude de se trouver là, les bras en croix. Et par le jeu du négatif une fois encore, on songe à une autre image et qui viendra plus tard, celle du Christ mort de Mantegna dont l’œuvre est exposée à Milan, ville où a été pris, par Paul Mahoux lui-même, le cliché de l’homme couché dans l’herbe. Il y a parfois d’étranges coïncidences. Et puis c’est la neige dans les bois. Le cadeau des balades, le rapport à la nature, l’urgence et la nécessité de prendre l’air. Mais la forêt est inquiétante et semble ensorcelée par une danse de mort en robe du soir. Ce sont les hommes qui la dévorent. D’autres hommes sur un monticule de ruines quelque part en Afghanistan. Scène de joie d’enrubannés ou désolation ? Cris de victoire ou effroi de la bavure ? Deuxième chute. La toile est belle et la guerre sale. La violence et la plénitude du monde sont concomitantes dans l’ambiguïté des matières. Point d’orgue dans une clairière où un ours se dresse dans la lumière. Mais il n’est pas là pour rugir car il chuchote à l’oreille des mots de bienveillance. Il faut se méfier de sa propre naïveté, martèle-t-il. Le mécanisme du rêve et de l’illusion par inversion de lumière. Mais une rencontre avec un ours peut laisser plus de traces qu’une longue conversation érudite. Et puis c’est l’heure de la troisième chute. Un détail de la Bataille de San Romano d’Uccello. Souligner la chute sans lui donner de motif. A  marcher contre le vent, on sent la douleur du ménisque. Au vrai, Le travail de Paul est une parabole, comme cette antenne de lumière blanche perdue face au ciel. Si l’on prête l’œil, ça ressemble à un concerto pour synapses, ça ressemble à un étourdissement épinglé par le faisceau du microscope électronique. Surinformation. Tout est relié mais on ne reconnaît plus les liens. Un défi jeté au ciel en clin d’œil à la Parabole des Aveugles de Breughel et simultanément, l’invitation à descendre plus bas, car à trop chercher le ciel, on tombe au fond du trou avant que l’heure ne sonne. Quelque part en ville, des platanes majestueux, sensuels, puissants et quadripolaires posent une évidence : il nous succèderont. Et puis au bout du chemin, la mort d’un homme auquel on a sciemment gommé la consolation. Point de salut.

Des textures profondes, des photos engouachées, retravaillées, détourées, détournées, des cadavres exquis de symboles, de force, de crasse. Parfois la vie étonne, parfois les hommes sont inconsistants. Ils déçoivent et trahissent. Face au tableau de l’existence, le peintre est un résistant qui a des armes. Chez Paul Mahoux c’est ce trait singulier qui se reconnaît et qui est le filigrane de son œuvre. Ce n’est pas tout à fait une courbe, ce n’est pas davantage une droite ou une saccade. C’est une vibration. Un léger tremblement qui confère au tableau une épaisseur et un mouvement, qui nous indique que sous la chair, il y a les os. La mort est une chance, car le papier vibre, la toile ondule et le pixel incruste la lumière. Et par le clair obscur d’un soleil qui pénètre par le vitrail de la chapelle, on se dit qu’un moment fugace peut résonner encore bien des soirs, par-delà le crépuscule. Un Paul Mahoux au sommet de son art.

eRno le Mentholé – octobre 2011

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